Faut-il laisser pleurer son bébé ?

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Grand débat au sein des familles, dans les couples, ou encore entre amis, faut-il laisser pleurer bébé au moment du coucher ou lorsqu’il se réveille la nuit ? Certains pensent que oui car c’est pour eux la seule solution pour que bébé apprenne à s’endormir seul et qu’il ne faut pas répondre à ses « caprices » (oui je mets ce mot entre guillemet car il a le don de me faire hérisser le poil) au risque de lui donner de mauvaises habitudes. Car c’est bien connu les bébés sont sur terre uniquement pour tyranniser leurs parents et montent des stratagèmes incroyables pour nous rendre la vie impossible !

Au vu de ma réaction, vous vous doutez bien que je ne fais pas du tout partie de cette catégorie là, et je vais vous expliquer pourquoi. Toutes les explications que je vais vous donner sont tirées de mes recherches sur internet et également de tout ce que j’ai pu apprendre de mes lectures, notamment du livre de Margot Sunderland « La science au service des parents ». J’avais déjà fait un article à ce sujet que vous pouvez trouver sous ce lien : Coup de coeur : La science au service des parents 

Les vieilles croyances :

A l’époque de nos parents et de nos grands parents, on recommandait de laisser pleurer les bébés. On entendait souvent des phrases du genre « il faut qu’il fasse ses poumons » ou « si tu ne le laisses pas pleurer tu vas en faire un enfant gâté« . Il fallait également les laisser pleurer au moment du coucher pour leur apprendre à s’endormir seuls. Il est clair que cette méthode finit toujours par fonctionner. Un enfant qui n’est pas réconforté finira forcément par s’endormir, ne serait-ce que d’épuisement. Mais grâce aux avancées de la science nous savons aujourd’hui que cela a de graves conséquences sur leurs cerveaux encore en développement.

« Se sentir bien dans sa tête dépend dans une large mesure des moments privilégiés passés avec l’un ou l’autre de ses parents. » – Margot Sunderland – La science au service des parents

Ce que l’on sait aujourd’hui :

Les récentes recherches sur le développement du cerveau nous ont permis de faire de grandes découvertes. Le cerveau de l’enfant est composé de trois cerveaux :

Le cerveau reptilien : il est responsable des comportements instinctifs liés à la survie comme la faim, la respiration, la température ou encore les réflexes d’attaque ou de fuite.

Le cerveau mammalien : il s’agit du cerveau émotionnel, appelé également cerveau inférieur. Il déclenche de fortes émotions, qui doivent être mesurées par le cerveau cognitif, comme la peur, la colère, l’angoisse de séparation, l’instinct maternel ou encore le désir sexuel chez les adultes.

Le cerveau cognitif : appelé également néocortex, lobes frontaux ou encore cerveau supérieur. C’est sur cette partie du cerveau qu’un comportement parental affectif adapté peut avoir un impact positif. Il est responsable de la créativité et l’imagination, de la résolution de problèmes, de la conscience de soi, du raisonnement et de la réflexion, mais aussi de la gentillesse et de l’empathie. « Cette partie du cerveau rend possibles les plus belles réalisations de l’homme, mais lorsqu’elle est coupée des flux émotionnels du cerveau mammalien, elle peut mener à la plus effroyable des cruautés. » – Margot Sunderland – La science au service des parents.

Durant les premières années de sa vie, le cerveau cognitif de l’enfant est encore immature et le cerveau émotionnel peut rapidement prendre le dessus. Comment cela se traduit ? Par de brusques accès de colère, des crises de larmes ou des hurlements à se rouler par terre. Ce ne sont pas du tout des caprices, mais des flux émotionnels que son cerveau supérieur encore immature n’arrive pas à gérer.

Comment réagir ?

Un bébé ne pleure jamais pour rien, et encore moins pour mener la vie dure à ses parents. Soit il exprime un besoin (faim, soif, sommeil…), ou alors une émotion (colère, peur, angoisse de séparation…). Dans le premier cas il est normal pour tout le monde de répondre à ses besoins (puisque c’est avant tout le rôle principal des parents), même s’il est vrai qu’au départ il est difficile de comprendre les pleurs de son bébé. Dans le second cas il est important d’aider son bébé à traverser ses émotions, car son cerveau n’est pas assez mature pour y arriver seul, notamment en le réconfortant.

Parfois, surtout le soir, le bébé parait inconsolable et pleure pendant des heures. C’est ce qu’on appelle les « pleurs de décharges ». L’enfant a besoin de libérer toutes les tensions accumulées pendant la journée, notamment au travers de toutes les découvertes qu’il peut faire, et son seul moyen de s’exprimer passe par des pleurs. Il est très important d’accompagner son bébé dans ces phases, non pas en essayant de le calmer, mais en le prenant dans ses bras et en accueillant ses émotions. Cette période peut être difficile et épuisante pour les parents, mais il faut se dire que ce n’est qu’un mauvais moment à passer et que cette phase ne dure en principe que les trois premiers mois. De plus, aider un bébé à gérer ses émotions est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse lui faire pour l’avenir car cela lui permettra plus tard de bien savoir gérer son stress.

Que se passe-t-il dans le cerveau d’un bébé que l’on laisse pleurer seul dans sa chambre ?

Lorsqu’un bébé pleure pendant longtemps sans être réconforté, son cerveau produit en grande quantité du cortisol qui n’est autre que l’hormone du stress. En même temps, à l’inverse, il cesse de sécréter des hormones qui procurent une sensation de bien-être. Les voies de transmission de la douleur sont activées et il souffre comme s’il était blessé physiquement.

Les bébés n’ont pas du tout la notion du temps donc les méthodes d’attentes progressives (comme le 5-10-15) pour apprendre aux bébés à s’endormir seuls n’ont aucune vertus pédagogiques. Tout ce que l’enfant comprend c’est que même s’il pleure personne ne viendra à son secours. Et il finira par s’endormir non pas parce qu’il a compris ce que ses parents veulent lui « inculquer », mais simplement d’épuisement et dans la douleur la plus totale. Parce que les personnes qui comptent le plus au monde à ses yeux et qui doivent subvenir à ses besoins ne sont même pas capables de le réconforter.

Quelles sont les conséquences sur le long terme ?

La science ne peut pas nous apporter de réponses exactes à ce sujet car cela dépend de chaque personne, de son terrain génétique, de son éducation (sujet sur lequel je reviendrais dans un autre article puisque je suis bien sûr pour une éducation bienveillante) et des différentes expériences positives ou négatives vécues dans sa vie. Mais il est clair que les enfants ayant vécus de longs moments de stress, notamment lors de pleurs prolongés sans le réconfort de leurs parents, seront plus enclins à des troubles du comportement et alimentaires, des dépendances à l’alcool ou au drogues, à une mauvaise gestion du stress, à de fortes périodes d’angoisses, voire à de la violence, des dépressions et à des tendances suicidaires.

Je pense qu’on peut donc répondre en partie à la question : Pourquoi les gens consomment-ils autant d’anti- dépresseurs dans les pays industrialisés ? 

Sources et articles sur le même thème :

« La science au service des parents » – Margot Sunderland – Editions Hurtubise

« Pour une enfance heureuse » – Catherine Gueguen – Editions Robert Laffont

« Au coeur des émotions de l’enfant » – Isabelle Filliozat – Editions Marabout

www.lllfrance.org/da-61-ne-laisser-pas-pleurer-les-bebes

www.magicmaman.com/faut-il-laisser-bebe-pleurer-une-nouvelle-etude-apporte-la-reponse

Interview de Catherine Gueguen : www.lepoint.fr/societe/video-faut-il-laisser-pleurer-un-bebe-la-nuit

Bonne fin de journée

Mélanie