Mon expérience de l’allaitement

Pour moi il était important de commencer cette partie sur l’allaitement en vous parlant de ma propre expérience, car elle peut paraitre un peu « atypique ». En effet je tire-allaite exclusivement ma fille. Et pourtant à force de discuter avec des mamans allaitantes je me rends compte que je ne suis pas la seule à être dans ce cas.

Avant de tomber enceinte, je ne pensais pas être capable d’allaiter. J’en discutais avec une amie que je voyais allaiter sa fille et j’étais sûre que ce n’était pas pour moi. Ma mère ne nous ayant pas allaités, je n’avais pas la « culture de l’allaitement ». J’étais formatée par la société biberonnante d’aujourd’hui. Puis lorsque j’ai appris ma grossesse, j’ai commencé à y réfléchir plus sérieusement. Et je me suis dis que ça valait certainement le coup d’essayer et qu’au pire si ça ne marchait pas je pouvais toujours passer au lait artificiel. Dans la famille de mon mari toutes les femmes avaient allaité donc je savais qu’ils me soutiendraient.

Lorsque Poussinette est née on m’a donc demandé si je voulais allaiter et j’ai répondu oui. Je n’avais pas fait de préparation spécifique à l’allaitement, j’en avais juste parlé avec ma sage femme lors des séances de préparation à l’accouchement et j’avais lu le livre de Marie Thirion « L’allaitement ». Autant vous dire que je n’étais pas du tout préparée à toutes les difficultés que j’allais rencontrer…

On recommande de faire la première mise au sein dans les deux heures qui suivent l’accouchement si possible. Pour moi c’était le cas, mon accouchement s’étant bien passé, mais Poussinette n’a pas réussi à téter. La sage femme s’est montrée rassurante en me disant que c’était normal, qu’après la naissance les bébés étaient fatigués. En même temps je les comprends !

Le restant de la journée elle n’a pas voulu téter non plus et toute la nuit qui a suivi j’ai essayé de la mettre au sein mais sans succès. Déjà je ne savais pas comment m’y prendre, mes gestes étaient gauches. Puis elle n’avait rien dans le ventre depuis sa naissance donc elle commençait vraiment à avoir faim et à s’énerver. L’équipe médicale de cette nuit là ne m’a pas été d’une grande aide et on m’a même fait comprendre que si je n’étais pas capable de supporter les pleurs de mon bébé je n’aurais pas dû en faire ! J’ai fini par craquer et demander un biberon pour la calmer et repartir sur de bonnes bases.

Le lendemain matin, l’équipe avait changé et une autre puéricultrice est venue me voir. Elle m’a montré une position d’allaitement qui me correspondait plus (en ballon de rugby) et Oh miracle ! Poussinette s’est mise à téter ! Les tétées étaient douloureuses mais on m’avait dit que c’était normal, qu’au début les seins étaient sensibles. Le soir même j’avais ma montée de lait, et là, je ne m’attendais pas du tout à ça. Mes seins avaient triplé de volume, ils étaient durs et extrêmement douloureux. Je les ai massé pendant des heures, sous la douche, pour essayer de les assouplir. Finalement c’est Poussinette qui m’a sauvée en arrivant à les vider plusieurs fois. Au bout de 4 jours nous étions sorties de la maternité et j’étais plutôt confiante quant à mon allaitement, même si elle avait perdu pas mal de poids et qu’on se sent toujours coupable lorsque le pédiatre la pèse avant la sortie.

Rapidement après mon retour à la maison, j’ai commencé à avoir de plus en plus mal aux tétons, mais pourtant je n’avais pas de crevasses. Après en avoir discuté avec ma sage femme, elle pensa à une candidose mammaire car j’avais les bouts de seins irrités et violets. Elle me fit prendre un traitement pendant 15 jours, qui ne changea rien du tout à mes douleurs. Puis un matin en sortant de la douche, je me rendis compte que mes tétons devenaient blancs par moment. Les douleurs s’intensifiaient de plus en plus, m’empêchant de dormir la nuit et rendant les tétées horribles. Je décidais donc de contacter une consultante en lactation.

Après lui avoir expliqué tout mes symptômes elle observa une tétée et décela tout de suite un premier problème : j’avais un REF (réflexe d’éjection fort), ce qui fait que Poussinette devait pincer pour réduire le flot et cela me créait des vasospasmes (oui oui ça existe comme mot !) D’où mes douleurs et le fait que mes tétons étaient tantôt blancs, tantôt violets, le sang ne circulant pas toujours à l’intérieur du fait du pincement. En même temps elle testa sa succion et me dit qu’elle était vraiment pas top alors qu’elle n’avait pas de frein de langue qui pouvait la gêner. Elle me donna donc quelques techniques pour ralentir le REF en me disant que ça allait certainement atténuer mes douleurs car bébé n’aurait plus besoin de pincer. Et ça eu tout l’effet inverse… De là les douleurs furent de plus en plus insupportables.

Un jour, ayant rendez-vous chez le pédiatre, je lui parle de ce que m’avait dit la consultante au niveau de la succion de Poussinette et il me conseilla d’aller voir une orthophoniste qu’il connaissait, ce que je fis. Et là le verdict tomba : elle avait un réflexe de pression alternative exacerbé avec réflexe de morsure. En gros elle avait le réflexe de mordre dès qu’elle avait quelque chose dans la bouche, y compris le sein. L’orthophoniste nous donna donc des exercices à faire à la maison et me montra comment donner le sein tout en aidant ma fille à coordonner sa succion et sa déglutition. Mais les douleurs étant déjà bien installées, je n’arrivais plus à donner le sein.

Je ne savais plus quoi faire, j’étais déprimée et je souffrais physiquement. Mais je ne voulais pas arrêter d’allaiter ma fille. Pour moi c’était impensable alors que quelques mois plus tôt je ne pensais même pas allaiter. Je culpabilisais, je pleurais. Ma sage femme fut d’un grand secours et c’est elle qui émis l’idée de tirer mon lait pour lui donner au biberon. Ce que je commença donc à faire. En même temps je fis une cure de magnésium et de vitamine B6 pour faire disparaître les vasospasmes. On continua la rééducation avec l’orthophoniste, car même si je ne donnais plus le sein, le problème de succion de bébé devait être résolu. Au début elle mettait plus d’une heure pour boire un biberon de 90ml. Maintenant ça va beaucoup mieux.

Aujourd’hui j’en suis à 7 mois d’allaitement dont 5 mois et demi de tire-allaitement et je ne compte pas m’arrêter pour le moment. J’ai déjà donné près de 15 litres au lactarium (un geste qui me tient particulièrement à coeur et auquel je consacrerai un article) en plus de ce que je tire pour ma fille. Moi qui pensais ne pas allaiter je trouve que je m’en sors pas si mal finalement. Comme quoi, tout est possible à qui le veut !